Parcs éoliens et géobiologues

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Influence grandissante des géobiologues et « laisser-faire des autorités », le combo qui fâche

Le sujet est sensible et les langues ont encore du mal à se délier sur l’influence de la géobiologie dans le domaine des énergies renouvelables, notamment l’éolien. Les services de l’État, bien au fait de la pratique, la valident sans jamais le reconnaître officiellement.

Ce sont deux mondes qui s’opposent, celui de l’ingénierie et celui de la géobiologie. Cette dernière, bien connue dans le milieu agricole, est une pseudoscience censée détecter les courants électromagnétiques qui perturbent les bovins. Depuis plusieurs années, ces deux mondes se retrouvent sur les projets de parcs éoliens. Parce qu’à la demande des services de l’État ou des agriculteurs qui louent leur terre via un bail emphytéotique pour la construction des parcs, des géobiologues sont sollicités. « On a de plus en plus de demandes de réalisation de diagnostics géobiologiques, confirme Robin Dixon, responsable de l’éthique environnementale chez France Renouvelables. Si c’est plus vrai dans l’Ouest, ça a tendance à bien se développer dans le Nord. »

Et la cohabitation est électrique. France Renouvelables, qui représente 370 sociétés sur l’ensemble de la filière des énergies renouvelables et 80 000 emplois, dénonce « l’intolérable complaisance de certaines autorités ». « Un petit groupe de personnes peut déstabiliser une filière entière parce qu’il y a une inaction des pouvoirs publics. »

Un sujet sensible

Dans le département de Loire-Atlantique, le diagnostic géobiologique est devenu obligatoire « parce que la DREAL (direction régionale environnement aménagement logement) le demande », regrette Robin Dixon. Une façon d’acheter la paix sociale avec les agriculteurs. Et quand il n’est pas exigé, comme dans la région, les développeurs éoliens n’ont pas d’autres choix que de s’y plier sous peine de voir leur projet remis en cause. Matière sensible. « Personne ne veut en parler, appuie Robin Dixon. Les porteurs de projets nous disent : “ Si on parle, on est mort ”. » Nous l’avons constaté : « On ne souhaite pas prendre la parole, nous dit l’un d’eux. La géobiologie n’est pas établie comme une science exacte. »

Le mélange des genres dérange : « Un ingénieur, qui a fait 5 à 7 ans d’études, fait des rapports ultra-précis, des études risques, techniques, scientifiques, très poussées, et tout peut être réduit à néant par un géobiologue, un druide, qui va dire qu’il y a un courant tellurique (courant électrique qui circule dans la croûte terrestre) et que l’éolienne va provoquer des troubles parfois jusqu’au décès des animaux. Et la DREAL se base là-dessus alors que rien ne le prouve scientifiquement », cingle Robin Dixon.

Infrasons

À Audincthun, dans l’Audomarois, au pied d’une éolienne de l’un des plus anciens parcs de France, Mathieu Delattre, 38 ans, est venu à notre rencontre pour expliquer cette pratique sous le feu des critiques. Cet inséminateur bovin, s’est formé à la géobiologie il y a quatre ans à l’école de Bordeaux. « Je fais des relevés de ce courant électromagnétique qui vient influencer le vivant, décrit-il. Sur l’éolien, le boulot d’un géobiologue, c’est de trouver un espace neutre d’implantation pour l’éolienne, si vous la mettez sur une zone déjà chargée électromagnétiquement, comme sur une faille ou une veine d’eau, des perturbations vont remonter vers l’exploitation par la terre. » Avec des conséquences pour les animaux, selon lui : « Des infrasons (bruits électriques) ou de la pollution électromagnétique vont être transportés par les veines d’eau ou par les failles, et les animaux peuvent avoir des problèmes de pattes, de comportements ou des problèmes de buvée, je l’ai constaté. »

Le géobiologue aide des agriculteurs à mieux aménager leur exploitation. Et, il le concède : « Il y a autant de géobiologie que de géobiologues ». Il appelle à « créer des ponts avec les ingénieurs, on n’est pas là pour leur faire concurrence. En France, le recours aux géobiologues n’est pas encadré, c’est flottant, c’est ça le problème. »

« Prudence »

Chez France Renouvelables, la géobiologie se résume à « mélanger des concepts sérieux avec l’ésotérisme, la France est très perméable à ça, ça a infiltré les milieux agricoles et la pratique est renforcée par le laisser-faire des autorités. »

Reste qu’en milieu rural, la géobiologie est bien ancrée. Le maire de Reclinghem, Joël Rolin, ancien agriculteur, y a eu recours sur son exploitation, dans sa maison, ou pour trouver des forages. « J’y crois, même s’il faut être prudent. Parfois il y a des charlatans. »

La préfecture du Pas-de-Calais et sa direction des territoires et de la mer (DDTM), le syndicat des énergies renouvelables n’ont pas répondu à nos demandes.

En chiffres

En 2023, le nombre de parcs éoliens était estimé à 130 dans le Pas-de-Calais et à 30 dans le Nord, selon les données de France Renouvelables.

VdN

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Géobiologie : ce qu’en dit l’observateur des dérives sectaires

La Miviludes1, observatrice des dérives sectaires, nous dit avoir fait « l’objet de nombreuses demandes d’informations et parfois de témoignages de certaines dérives concernant des individus autoproclamés spécialistes en la matière ». Et rappelle que la géobiologie « n’est pas réglementée à ce jour ni éprouvée scientifiquement pour démontrer ses apports concrets et son efficacité ».

La Miviludes a des points de vigilance : détournement de personnes de la médecine classique, participation onéreuse à des stages ou conférences, isolement ou ruptures familiales.

(1) Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.