Les éleveurs veulent un diagnostic

Il est question des effets de l’éolien sur les animaux 

La chambre d’agriculture des Hauts-de-France pourrait examiner   ce vendredi 12 décembre une motion sur les éoliennes et leurs effets, éventuels,  sur les animaux d’élevage. Une initiative d’agriculteurs de la Somme. 

Lors de sa session du 25 novembre dernier, la Chambre d’agriculture de la Somme a délibéré et voté à l’unanimité en faveur d’une motion « relative au développement des projets éoliens en milieu agricole et à leurs effets sur les animaux d’élevage ». Présenté par la FDSEA de la Somme et les Jeunes agriculteurs, le texte demande « la mise en place obligatoire d’un diagnostic pour évaluer la situation sanitaire et zootechnique des élevages avant, et après, la mise en service des éoliennes ». Ce diagnostic serait établi de façon « totalement indépendante des promoteurs éoliens ».

Un diagnostic obligatoire, sinon un moratoire

À défaut de diagnostic, les signataires de cette motion demandent un moratoire des projets d’installation des aérogénérateurs terrestres sur le département de la Somme, territoire le plus dense à ce jour dans la région : 880 en novembre 2024 sur un total de 2549 turbines dans les Hauts-de-France à fin 2024, avec 491 projets en cours d’études ou faisant l’objet de recours.

Dans leur motion, les agriculteurs de la Somme évoquent « des élevages gravement perturbés à la suite de la création d’un parc éolien à proximité de leurs installations » ; « l’incapacité pour les agriculteurs concernés d’obtenir réparation de la part des promoteurs » et « la poursuite de projets d’aérogénérateurs à moins de 500 mètres de sites d’élevage de bovins et porcs ».

Étudier les courants vagabonds et les contextes hydrogéologiques

Déjà en juin 2022, la chambre d’agriculture de la Somme avait approuvé une motion « demandant à élargir les zones de recensement et d’identification des exploitations d’élevage et à engager, à la charge du pétitionnaire, des études préalables sur les courants vagabonds et les contextes hydrogéologiques ».

Entre 2022 et 2025, d’autres éoliennes ont été installées, au grand dam de certains éleveurs. Ainsi Jean-François Maquigny de Moreuil qui ne fait plus pâturer ses bovins à l’air libre depuis de longs mois. Les éoliennes les plus proches de son exploitation, sont, selon lui, responsables de « l’affaiblissement général de son cheptel », avec des bovins soumis « à des problèmes de santé et de comportement ».

« Mais tout a été fait pour nous user, nous démonter. J’ai abandonné. Nous nous sommes ramassés devant le tribunal administratif , déplore l’éleveur fatigué. « Or, tous nos arguments sont repris aujourd’hui. Donc, oui un diagnostic est indispensable selon moi. Dans les pays nordiques, il est même pratiqué pour les habitations les plus proches d’éoliennes ». Le Groupe permanent pour la sécurité électrique dans les exploitations agricoles (GPSE), association nationale basée à Paris et présidée bénévolement par le Samarien Daniel Roguet, ancien président de la chambre d’agriculture et ancien éleveur bovin, peut intervenir pour mener ces audits.

Corentin Piat est un jeune éleveur ovin à Marquaix-Hamelet qui a réagi en novembre dernier avec d’autres éleveurs de Tincourt-Boucly dans l’est de la Somme, contre un énième projet éolien à proximité de son exploitation. « Je ne suis même pas au courant de cette motion. Tout est voulu et tous les gros projets se font, on n’est jamais écoutés », réagit, quasi résigné, l’éleveur de moutons. « Si cette motion pouvait aboutir à de vraies mesures, surtout pour protéger les vache s… », espère tout de même Corentin Piat.

A l’occasion de la session plénière du Conseil régional des Hauts-de-France ce jeudi, le président Xavier Bertrand (LR) l’a redit : « le développement de l’éolien dans la région, basta ». Se félicitant même « des 1 600 projets de mâts refusés et des 470 projets abandonnés ».

Quant à la motion, elle pourrait être présentée à la session de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France ce vendredi 12 décembre à Lille.

Les experts du GPSE s’affichent indépendants des financeurs

Le Groupe permanent pour la sécurité électrique (GPSE) dans les exploitations agricoles intervient chez des éleveurs confrontés à des soucis électriques, à proximité d’une ligne haute tension, d’éoliennes, d’un poste transformateur, « mais pas encore pour les antennes 5G faute de financement », précise Daniel Roguet. « L’élevage est un lieu amplificateur des phénomènes électriques parasites dont les sources sont multiples », peut-on lire sur son site.

« Nous sommes sollicités par les chambres d’agriculture et nous devons trouver les partenaires électriciens qui financent les audits. Nous avons plus de cent dossiers, dont six en Picardie. Parfois, les problèmes sont aussi à l’intérieur des bâtiments d’élevage, expose le président national de la Somme. Je suis critiqué, mais pas naïf. On souhaite nous-mêmes plus d’indépendance, mais les finances de l’État sont ce qu’elles sont en ce moment. L’association est rattachée au ministère de l’Agriculture. Nos experts électriques et vétérinaires qui interviennent, sont tous indépendants des financeurs. »

« Nous sommes entre le marteau et l’enclume »

« En tant qu’ancien agriculteur et président de chambre, je sais trop bien que c’est compliqué pour l’élevage. Nous sommes entre le marteau et l’enclume, et on essaie de trouver des solutions pour les deux parties. Il n’y a pas d’enquête agricole en amont pour l’éolien alors qu’il faudrait anticiper plus », considère également le président du GPSE. Deux expérimentations du sol et du sous-sol notamment dans le département de la Manche seront menées cet hiver sous l’égide de l’INRAE et du Bureau recherches géologiques et minières (BRGM). Et le GPSE attend encore les résultats d’une expérimentation menée dans l’Aisne.

Les balises rouges des éoliennes allumées en continu sont néfastes pour les chauves-souris 

« Les sapins de Noël » clignotent dans le ciel picard chaque nuit de l’année avec l’abondance (surabondance ?) des éoliennes.

Cette illumination continue, considérée comme une pollution visuelle, est mise en cause par une étude scientifique publiée dans la revue Journal of Applied Ecology.

Soutenue financièrement et techniquement par l’agence de la transition écologique Ademe, cette étude consacrée à l’impact des éoliennes sur la biodiversité a été conduite par une équipe scientifique coordonnée par le Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Muséum national d’histoire naturelle, CNRS, Sorbonne université) et le bureau d’études Auddicé biodiversité.

Les chercheurs ont mis en évidence que le balisage aéronautique nocturne des éoliennes par des feux rouges clignotants permanents, « contribue à l’attraction des chauves-souris. L’utilisation du balisage circonstancié, uniquement à l’approche d’un aéronef, limite ce même comportement notamment des espèces volant à hauteur de pales et donc réduit potentiellement les risques de collision ».

« Le balisage circonstancié, devenu obligatoire en Allemagne, pourrait à la fois réduire l’impact des éoliennes sur la biodiversité, conclut l’étude, et limiter les nuisances visuelles pour les riverains ».

https://journal.courrier-picard.fr/courrier-picard#CPicard/web,2025-12-12,86COMPIEGN|CPI,2025-12-12,86COMPIEGN,1|13