Renouveler ou disparaître ?
Le vent de l’éolien terrestre tourne dans la région la plus productive de France
La production d’électricité décarbonée va grimper en flèche via la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Les Hauts-de-France ont beau être la région la plus productive de France, le gouvernement n’envisage pas d’y construire plus de parcs. Il faut donc les renouveler ou s’attendre à les voir disparaître du paysage.
L’éolien terrestre régional apporte déjà sa pierre à l’édifice au mix énergétique français et va continuer dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). « Il vise à augmenter la part de l’électricité – qui est déjà presque entièrement décarbonée – dans le mix énergétique français dans lequel les énergies fossiles représentent encore 60 % des consommations contre 25 % pour l’électricité », rappelle le Syndicat des énergies renouvelables. À cette fin, dans le Nord et le Pas-de-Calais, l’éolien terrestre demeure un atout considérable.
Mais dans quelles mesures ? Avec quelle place dans la filière électrique, à côté du nucléaire, de l’hydroélectricité, l’éolien en mer, le photovoltaïque ? À l’aune de la guerre au Moyen-Orient et de ses ramifications sur les prix du pétrole, ces questions autour de l’électricité décarbonée ont du sens.
« Poursuite raisonnée de l’éolien terrestre »
Si les Hauts-de-France, première région productrice d’électricité par l’éolien terrestre, demeure la région la plus dotée en parcs, le vent semble tourner. La région ne verra pas leur nombre augmenter, via la PPE 3. Le gouvernement prévoit « une poursuite raisonnée du développement de l’éolien terrestre », privilégiant l’installation dans des régions où il n’y en a pas.
Pour garder leur part du gâteau énergétique dans le Nord et le Pas-de-Calais, les porteurs de projets misent sur le repowering, – il s’agit du renouvellement des éoliennes avec des machines plus grandes, plus puissantes et moins nombreuses. « Mais seule une partie des 160 parcs actuellement en exploitation dans le Nord et le Pas-de-Calais pourra faire l’objet d’un renouvellement », regrette Jérôme Almosni, délégué général de France Renouvelables, représentant de l’ensemble de la filière des énergies renouvelables.
La plus grande éolienne de France
C’est le cas sur la digue du Portel. Dans le port de Boulogne, les quatre éoliennes de 750 KW chacune, qui tournaient depuis 2002, ont été remplacées en 2023 par une éolienne de 3,8 MW qui culmine à 167 mètres, la plus grande de France. Depuis 2021, « 18 demandes de repowering ont été déposées dans le Nord et le Pas-de-Calais, 16 ont abouti, deux sont en cours d’instruction, signale la préfecture de région. Sur ces demandes, seul un parc est en fonctionnement au Portel, un autre est en reconstruction à Fiennes. »
« Un coup de frein »
Chez France Renouvelables, si on se réjouit de « l’augmentation significative » de la part de l’électricité décarbonée dans le PPE3, on dénonce « un coup de frein » donné à l’éolien terrestre « avec des objectifs à la baisse et l’absence d’annonces de simplification nécessaires au renouvellement des parcs, appuie Jérôme Almosni. Les analyses montrent que sans l’évolution du cadre réglementaire et sans levée des contraintes existantes, le volume de repowering réalisable restera faible et insuffisant. »
Parmi les contraintes, les durées de développement des projets, deux fois plus longues que dans les autres pays européens. « Sans adaptation du cadre de développement, l’éolien terrestre restera plus coûteux en France que chez nos voisins européens, redoute Jérôme Almosni. Limitant sa capacité à contribuer pleinement à une électricité décarbonée, compétitive et souveraine. »
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Les assos anti-éoliennes redoutent une nouvelle salve de projets
En lutte contre des projets en cours à Brebières et Izel-Quiéry, des associations s’inquiètent de voir de nouveaux projets voir le jour. Le plan local intercommunal d’urbanisme, en voie de finalisation, ne leur paraît pas assez strict.
Le vent serait-il à nouveau favorable aux projets éoliens ? À l’échelle d’Osartis-Marquion, les associations hostiles à ces installations, le craignent. Le 24 octobre 2025, le préfet du Pas-de-Calais a autorisé un projet de parc de trois mats à Izel-lès-Équerchin et Quiéry-la-Motte. Une décision rare puisqu’il les refusait systématiquement ces dernières années.
C’est ce qu’il avait par exemple fait concernant le projet de Brebières (trois mats également). Le promoteur avait saisi la cour administrative d’appel de Douai. Lorsque celle-ci s’est réunie, en novembre 2025, le rapporteur public est allé dans son sens et demandé que le préfet modifie son refus initial (la décision de la cour n’est pas encore rendue).
Le PLUI qui inquiète
Le combat reprend donc de plus belle pour les opposants. L’association Escrebieux environnement, en pointe contre le projet d’Izel-Quiéry, a engagé une requête en annulation devant la cour administrative d’appel de Douai. « On l’a fait fin novembre, on retravaille dessus pour rajouter un certain nombre d’arguments », explique Pierre Rose, son représentant. Le collectif est accompagné par trois riverains, des associations (LPO, GON, Sites et Monuments), trois communes (Quiéry-la-Motte, Neuvireuil, Fresnoy-en-Gohelle). « Si on perd, ça va être la porte ouverte pour aller en direction d’Arras », redoute Pierre Rose. Sur Osartis-Marquion, « les promoteurs continuent de contacter les mairies et les propriétaires fonciers pour lancer de nouveaux projets ».
Autre source d’inquiétude, la communauté de communes Osartis-Marquion a finalisé son plan local intercommunal d’urbanisme (PLUI), un document qui guide l’aménagement du territoire pour les prochaines années.
« Pas aller dans le détail »
Concernant les implantations d’éoliennes, le PLUI sanctuarise des bandes tampon de 1 km en fonds de vallée autour des cours d’eau, elle identifie 15 cônes de vue où les projets ne seront pas souhaités ou, au mieux « minimisés ». « Ce sont des préconisations qui n’engagent à rien, ce projet de PLUI entérine la possibilité de nouvelles implantations y compris dans des secteurs particulièrement sensibles », réagit Bertrand Lecocq, de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine, de l’environnement, du cadre de vie et des territoires en val de Sensée (Aspect).
Jean-Marcel Dumont, élu à Osartis-Marquion, répond que « certaines zones ont été repérées comme ne pouvant plus accueillir d’éolien mais on ne peut pas prendre une orientation précise sur l’éolien, on ne peut pas aller dans le détail. On a défini quelques règles sachant qu’il y a des règles d’État, on ne peut pas en rajouter. Ce n’est pas l’objet du PLUI. » Celui-ci sera soumis au vote en conseil communautaire en juin.