Nos paysages ne sont pas à vendre !
Jimmy Pahun ne fait même plus semblant d’être contre la localisation actuelle et veut marchander la répartition de la taxe éolienne.
En Bretagne M Pahun , député du Morbihan, affirmait vouloir éloigner la zone éolienne Bretagne sud du littoral ; à Paris , il en accepte la localisation qui serait somme toute satisfaisante pour les pêcheurs et la biodiversité et ne s’intéresse qu’à la répartition de la taxe éolienne qu’il voudrait changer. Ce faisant, il semble témoigner d’une certaine surdité face à aux habitants du littoral et à leurs élus.
1) Quand Jimmy Pahun se bat… pour que Bretagne sud se fasse avec sa localisation actuelle et marchande une répartition différente de la taxe éolienne lien
Le 2 avril se déroulait à l’Assemblée nationale une audition conjointe de la commission des finances et de l’économie générale et du contrôle budgétaire et de la commission du développement durable sur le décret provisoire PPE3. La zone éolienne Bretagne sud a été évoquée lors d’une intervention de M. Jimmy Pahun… exclusivement sur la taxe éolienne qu’il souhaite flécher davantage vers les régions et le ministère de la mer (ce qui se ferait au détriment des communes affectées ?)
« M. Jimmy Pahun (Dem). Ne pourrait-on, pour l’implantation de nos futurs parcs éoliens en mer, réfléchir à la taxe éolienne, qui n’est perçue que dans les eaux territoriales, c’est-à-dire en deçà de 12 milles marins ? Cette taxe est mal fichue, car elle ne s’adresse qu’aux communes en covisibilité, et pour le parc qui fera l’objet de l’AO5 elle ne sera versée qu’aux communes de Bangor et de Sauzon : même l’île de Groix, qui est un peu plus loin, ne profitera pas de la taxe. Celle-ci est surtout faite pour que les pêcheurs puissent en avoir une partie, ce qui est le cas tant qu’ils opèrent dans les 12 milles…Ne pourrait-on envisager une taxe qui, au lieu d’être affectée au budget général, serait fléchée vers le ministère de la mer ou vers les régions, afin de pouvoir vraiment régler les problèmes liés, par exemple, au recul du trait de côte ou à la transformation des navires de pêche ? Nous devrions vraiment réfléchir à cette taxe pour le périmètre qui se situe au-delà des 12 milles, où elle n’est pas encore affectée. »
Et il s’est fait gentiment envoyer bouler par le ministre de l’Economie qui, sur une PPE déjà fortement contestée n’a est nullement pressé d’ouvrir cette boite de Pandore supplémentaire.
M. Roland Lescure, ministre. Monsieur Pahun, il faut faire attention, parce que ces taxes sont des vases communicants et qu’il y aura donc, si vous voulez en modifier la répartition, des négociations compliquées entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas. Cette question se posera et sera négociée au-delà de 2030 : il faudra en discuter, et ce sera dans le cadre des PLF à venir. La question se posera aussi pour les centrales nucléaires mais, à ce stade, elle est un peu prématurée.
PIEBÎEM : rappelons surtout que la taxe éolienne fait l’objet d’un décret qui peut être annulé ou modifié par simple décision d’un ministre futur et que les élus locaux qui comptent sur sa pérennité sont bien imprudents. Par ailleurs, elle est loin de compenser les dommages causés
2) Les positions fluctuantes de Jimmy Pahun : accord total puis demande d’éloignement, puis renoncement et acceptation de la localisation et marchandage sur de la taxe éolienne.
Rendons acte que M. Pahun a toujours été favorable au projet éolien Bretagne sud, mais qu’il en préconisait l’éloignement :
« Je suis intervenu très tôt sur ce sujet. Je me suis battu pour qu’on éloigne le parc le plus possible, au-delà des 12 milles », rappelle le député. Il ajoute qu’il a aussi soutenu la proposition de Philippe Le Ray, président de la communauté de communes Auray Quiberon Terre Atlantique, qui proposait que le parcours de l’atterrage suive la voie de chemin de fer du Tire-Bouchon, en profitant des travaux de modernisation. Plutôt que de le faire au milieu de la plage d’Erdeven ». (29 novembre 2025 lien ;
Naguère il proclamait : « Le parc éolien Bretagne Sud « c’est mon combat du moment « J’embête tout le monde avec cela dans les ministères et je n’ai pas de retour… Avec les maires des Îles et des communes du Grand Site dunaire, nous avons alerté les ministères et la préfecture sur le fait qu’il est important que le parc se tienne le plus loin possible des côtes et à égale distance des îles de Groix et Belle-Île…. Dans le processus pour déterminer cet espace, les pêcheurs, les industriels, les associations se sont prononcés sur l’endroit qu’ils estimaient le plus approprié. Cet espace délimité se trouve à cheval sur la ligne des 12 milles, sur un plateau rocheux dans un secteur où il y a moins de passages des bateaux de pêche. » 28 juillet 2022 lien
PIEBÎEM : Cet éloignement de quelques kilomètres n’aurait rien changé et M. Pahun le sait très bien. Et tout éloignement plus important se heurterait aux zones de défense. En fait, il ne s’agissait que de mieux faire passer la pilule
En 2021, cependant, après la décision imposée par le ministre (Mme Pompili) et l’absence d’accord sur la localisation mis en évidence par le débat CNDP, M Pahun accueillait favorablement le projet sans restriction : « Nous pouvons nous satisfaire en partie de cette première décision. La zone retenue n’est certes pas à l’extrême sud-ouest de la zone d’étude, comme les participants au débat public ont pu majoritairement le souhaiter, mais la décision s’attache à prendre en compte l’ensemble des intérêts en présence. Concrètement, la zone est plus à l’ouest que le souhaitaient les pêcheurs mais respecte leurs zones de pêche….Enfin, elle évite les zones trop sensibles d’un point de vue environnemental pour préserver la faune et la flore marines » 28 mai 2021 lien
PIEBÎEM : Tout faux ! , comme l’a reconnu la CNDP, il y avait lors du débat une opposition très majoritaire au projet de parc lui-même, aucun accord sur sa localisation, en particulier des pêcheurs artisans lorientais qui se voyaient sacrifiés, et la CNDP elle-même émettait de sérieux doute sur l’utilité d’un débat pour finalement entériner une localisation depuis longtemps décidée. Quant à l’environnement, faute d’étude d’impact, iln’a été nullement pris en compte et de fait, la zone choisie est tout simplement l’une des pires en termes de dégradation des fonds marins ( coraux des mers froides, maërl, zostère, zones de nourriceries) lien
3) Une certaine surdité de M. Jimmy Pahun : nos paysages ne sont pas à vendre
Nous sommes surpris que M. Pahun n’entende pas la voix des Maires de Belle-Île, de Groix, de Quiberon, de Saint-Pierre Quiberon, d’Erdeven, de Plouhinec, de Houat, de Plouharnel… d’AQTA et des élus de la majorité du Conseil Départemental du Morbihan qui se rassemblent maintenant sur ce mot d’ordre : notre littoral, nos paysages ne sont pas à vendre..
Par exemple, la Communauté de Commune de Belle-île : Des éoliennes nous sont promises à 19 km de nos côtes, à plus de 340 m de hauteur, explique-t-elle. Il est assez aisé d’imaginer l’impact pour nous de telles installations ; voyez Quiberon avec un point culminant à 33 m, à 15 km des côtes palantines ; l’île de Groix, avec un point culminant à 40 m, se trouve à 35 km des côtes sauzonnaises… L’œil nu peut facilement imaginer l’impact de ces parcs d’éoliennes. Nous n’accepterons jamais l’inimaginable lien
Par exemple le Conseil Départemental : Ces ouvrages seraient visibles depuis des sites emblématiques de Belle-Île-en-Mer, de Groix, de Houat, d’Hoëdic et de la côte sauvage. Les photomontages et études paysagères démontrent de manière incontestable que le projet transformerait durablement des panoramas parmi les plus remarquables de France. L’atteinte à l’image du territoire, fondée sur la qualité exceptionnelle de ses paysages littoraux, serait considérable. Le tourisme, compétence de droit du département, ne manquerait pas d’être impacté. Lien
Par Exemple Philippe Le Ray , Président d’AQTA ( Auray Quiberon terre Atlantique) : « On s’est fait vraiment prendre pour des couillons. Ils ne nous entendent pas. On est attaché à la beauté de notre territoire : on leur parle de ça, et ils nous répondent indemnisation et mètre carré. Aujourd’hui, on dit clairement, les éoliennes, on n’en veut pas, tranche Philippe Le Ray. C’est le début d’une histoire, d’un combat. C’est peut-être difficile, mais c’est largement jouable. » lien
M Pahun semble également sourd à ce que disent les experts du Comité Energie de l’Académie des Sciences qui affirment que nous n’avons pas besoin d’ici 2035 de productions électriques supplémentaires, surtout ENR, de l’Académie des Technologies et de la CRE ( Commission de Régulation de l Energie) qui appellent à déprioriser l’éolien en mer, particulièrement flottant, de RTE qui chiffre à au moins 47 milliards le raccordement électrique de l’éolien en mer et propose un scenario réaliste de décarbonation avec une forte réduction des objectifs éolien en mer ( jusqu’à 7GW en 2035 au lieu de 18 dans le plan éolien en mer).
Peut-être M. Pahun sera-t-il sensible à ceci : pour l’éolien flottant , la technologie des socles en béton semble maintenant s’imposer par rapport à l’acier. Compte-tenu des volumes impliqués, cela entrainera une forte augmentation de la demande de granulats marins. Ils éviteront peut-être Erdeven….mais le littoral breton sera aussi affecté.
4) Des députés qui semblent prêts à défendre leur littoral
Lors de cette audition conjointe de la commission des finances et de l’économie générale sur la PPE3, deux députés se sont exprimés sur l’éolien en mer de manière critique
M. Corentin Le Fur (Côte d’Armor, DR) : « Je m’interroge sur la montée en puissance de l’éolien terrestre et, surtout, sur l’expansion considérable de l’éolien en mer, dont on voit les conséquences préjudiciables, qu’il s’agisse de la saturation visuelle, des atteintes à la biodiversité, à la pêche, etc. On n’a pas anticipé toutes les difficultés dont cette énergie est à l’origine, ni son coût et, partant, son incidence sur le prix de l’électricité et le pouvoir d’achat des Français. »
Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback (Seine-Maritime HOR) : « Notre territoire est déjà un contributeur important au mix énergétique national, avec un parc éolien en mer de 71 éoliennes. Deux nouveaux parcs, Fécamp Grand Large 1 et Fécamp Grand Large 2, s’installeront par ailleurs à quelques kilomètres seulement de nos côtes. Or, comme vous le soulignez vous-même, plus c’est loin des côtes, plus on aime, et plus c’est loin, plus ça coûte. Cette réalité économique ne doit cependant pas faire oublier une autre forme de coût : celui qui pèse sur nos paysages littoraux, dont certains sont engagés dans une démarche « grand site de France », témoignant de leur valeur patrimoniale. À ce titre, l’impact visuel des installations à venir mérite d’être pleinement intégré dans la réflexion, au même titre que les considérations techniques et économiques. Comment le Gouvernement entend-il équilibrer les futurs appels d’offres d’éolien offshore afin que leur déploiement ne se fasse pas au détriment de la conservation de notre patrimoine paysager, lequel est un facteur d’attractivité non négligeable, non seulement touristique mais aussi économique, artistique et environnemental ?
piebiem.webnode.fr